Nommée de plus en plus souvent dans les classements d'entreprises innovantes et en hyper croissance, Anaplan propose une solution de planification stratégique qui tranche avec tout ce qui existait jusque-là. Accessible en ligne, à la demande, simple à utiliser par des non spécialistes, sa plateforme permet de simuler toutes sortes de décisions et d'évaluer précisément les étapes de mise en œuvre dans les domaines commerciaux, financiers, RH, logistique, etc.

Il existe de nombreuses manières de décrire la société Anaplan. Elle est qualifiée de « licorne », une start-up du monde numérique dont la valorisation dépasse le milliard de dollars avant même d’être cotée en bourse. Certains disent de son produit que c’est un « Excel killer », qu’il mettra fin à l’usage du tableur et des feuilles de calcul. Le site FastCompany.com l’a classée parmi les 10 éditeurs de logiciels les plus innovants, catégorie dans laquelle elle côtoie Amazon, Microsoft, Box ou Docker. Le site de la société affirme que c’est « la première plateforme au monde conçue pour faciliter la prise de décisions à tous les niveaux de l’entreprise »… Il est généralement question de simulation intelligente, de pilotage de la performance, de planification stratégique.

Le plus simple pour décrire Anaplan est certainement de dire ce que propose sa solution. Grâce à sa plateforme en mode SaaS, c’est-à-dire accessible en ligne à la demande, Anaplan permet aux entreprises de simuler chacune de leurs décisions sur leurs propres données, d’en prévoir les impacts et de planifier les mesures à prendre pour la mise en œuvre des décisions. Par exemple, Procter & Gamble utilise la solution Anaplan pour gérer les promotions à l’échelle mondiale, ce que le géant des produits d’hygiène et de beauté ne parvenait plus à faire avec un simple tableur. À l’heure où les entreprises ont besoin de réagir vite et avec agilité, le Cloud et le mode SaaS mettent à leur disposition les outils évolutifs et puissants dont elles ont besoin au moment où elles en ont besoin sans pour autant investir dans des ressources humaines, matérielles et logicielles.

« Anaplan est un outil pour les événements qui n’ont pas encore eu lieu ! », résume Michael Gould, son fondateur et actuel Chief technology officer (CTO). Voici quelques exemples : évaluer le coût de la création de nouveaux postes de commerciaux dans des filiales, décider quels produits vendre en priorité dans quels pays, savoir ce qu’il se passerait si l’entreprise rachetait telle marque ou créait une nouvelle usine, combien de postes de vendeurs faut-il créer pour augmenter ses ventes de 20% sur un territoire donné, ou encore quel sera l’impact sur le compte de résultat de la sortie de la filiale anglaise suite au Brexit… « Anaplan permet de jouer sur tous les facteurs en même temps pour planifier et simuler », explique Laurent Lefouet, directeur général en Europe, Middle East et Africa (EMEA). Vu les volumes de données aujourd’hui disponibles dans les entreprises et nécessaires pour produire de telles simulations ou prévisions, le tableur ne suffit plus à modéliser l’organisation et ses rouages. « De plus, les fonctions opérationnelles suivent un rythme quotidien ou hebdomadaire alors que les finances ont un rythme plus long. De même, les ressources humaines travaillent au niveau de l’individu, du contrat, quand la production considère les produits. Anaplan réconcilie toutes ces dimensions quasiment en temps réel là où un tableur nécessite d’y passer les nuits et les weekends. Et encore ! », remarque Laurent Lefouet.

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Une modélisation de l’entreprise, en quasi temps réel
Anaplan a été créée par Michael Gould. Il se raconte qu’il a développé la solution dans sa grange du Yorkshire, version anglaise du garage de la Silicon Valley. À la fin des années 90, Michael Gould, originaire de York, travaille pour Adaytum, qui commercialise un logiciel de planification, puis pour Cognos lorsque celui-ci rachète Adaytum en 2003. « J’ai quitté Cognos, en 2006, car je trouvais que tous les produits d’aide à la décision et de planification étaient vieillissants. Il y avait beaucoup d’aller-retours entre les tableurs et les bases de données. Il y avait un vrai besoin de créer une nouvelle plateforme, qui fonctionne différemment. Je pensais qu’il était possible de réunir le meilleur des deux mondes, autrement dit de faire un produit qui soit à la fois aussi facile à utiliser qu’un tableur et aussi robuste qu’une base de données ».

Deux ans plus tard, en 2008, Michael Gould fait breveter la technologie qu’il a développée, l’Hyperblock, qui permet d’analyser les données de l’entreprise dans différentes dimensions (cubes, colonnes, cellules) dans une seule et même modélisation de l’entreprise, en quasi temps réel. C’est la naissance d’Anaplan. La société implante son siège à San Francisco. « C’était l’endroit où il fallait être, car nous voulions être une société de technologie globale et avoir accès aux capital-risqueurs. De plus, la région nous donnait accès à des talents en matière de plateformes Cloud et de datacenters », souligne Michael Gould. En 2010, après quelques recrutements, Anaplan procède à son premier tour de table et enregistre son premier client, l’éditeur de logiciels collaboratifs Jive Software. Puis chaque année connaît son lot de levée de fonds, de nouveaux clients, de créations de postes par dizaines. Le site de York reste toutefois le berceau de la société. Plus de 75 personnes travaillent dans un ancien entrepôt au bord de la rivière, réaménagé selon les codes californiens. Cafétéria équipée de meubles colorés, terrasse sur la rivière, nourriture à disposition, fauteuils et poufs pour réunions informelles ou hebdomadaires, tout cherche à rendre le quotidien des employés le plus agréable possible.

L’élément essentiel, le moteur de planification
York est l’un des quatre centres d’ingénierie d’Anaplan avec San Francisco, Paris et Londres, qui a été ouvert à l’automne 2016. La société consacre environ 25% de son chiffre d’affaires à la Recherche & Développement. Difficile de dire quel est l’effectif exact des équipes d’ingénierie, car, comme dans toute start-up en hyper croissance, il change chaque mois. À l’été 2016, ils étaient 120 ingénieurs, développeurs, programmeurs, équipes support, etc. L’équipe d’ingénierie de San Francisco compte une quarantaine de personnes. York, qui est essentiellement un bureau technique, en compte une soixantaine. À Paris, le centre de R&D ouvert début 2015 compte déjà une quinzaine d’ingénieurs. L’effectif de Londres sera de 16 personnes à fin 2016 dont la moitié d’ingénieurs.

Un des principaux différentiateurs technologiques d’Anaplan est l’utilisation de stockage de type SSD (solid-state drive), utilisant des mémoires flash. Celles-ci sont beaucoup plus rapides que les traditionnels disques durs. « Cette technologie n’est pas nouvelle mais nous en faisons un nouvel usage », explique Jack Whyte, vice-président Global Engineering qui a rejoint Anaplan en octobre 2015. L’utilisation de cette technologie permet aux clients d’effectuer des simulations et des planifications en temps réel sur les très grands volumes de données hébergés dans le datacenter d’Anaplan. « La facilité d’utilisation et le temps réel sont aussi des différentiateurs importants », ajoute Jack Whyte. Mais le véritable atout de la solution d’Anaplan est le moteur de planification. C’est aussi ce dont Michael Gould est le plus fier. « D’abord parce que j’ai passé deux ans et demi à le développer, mais surtout parce que c’est l’élément essentiel de notre solution, de notre propriété intellectuelle. Et qu’il est particulièrement robuste ! ».

Pour raccourcir encore le temps de mise en œuvre de la solution et en faciliter l’utilisation par des non informaticiens, Anaplan a créé un hub d’applications. Les utilisateurs peuvent y déposer les applications qu’ils ont développées afin de les partager et y trouver celles réalisées par d’autres entreprises. Le App Hub propose quelque 130 applications comme la planification budgétaire pour les ressources humaines, développée par Atos, ou la planification de la demande dans le domaine pharmaceutique de la société EyeOn Solutions.

Gérer l’hyper croissance
Au cours de l’été 2016, Anaplan a annoncé avoir franchi la barre des 100 millions de dollars de chiffre d’affaires annualisé et être arrivé à l’équilibre de ses flux de trésorerie. Ce chiffre d’affaires provient à hauteur de 55% des États-Unis, de 35% d’Europe et de 10% de l’Asie Pacifique. La performance n’est pas dans ces chiffres, mais plutôt dans le fait que ces objectifs ont été atteints un an plus tôt que prévu. Anaplan va vite, très vite ! La croissance s’est établie à 80% au cours du premier semestre 2016 et les prévisions tablent sur une croissance annuelle d’au moins 50% pour les trois prochaines années.

Le nombre de clients augmente lui aussi rapidement. Il a progressé de 50% en à peine six mois, passant de 400 à 600. La liste comporte les noms de HP, Intel Security, Louis Vuitton, Morgan Stanley, United, Boston Scientific, GE Healthcare… « Nos clients sont principalement des grandes entreprises, mais la plateforme peut être utilisée par des sociétés de toutes tailles », affirme Michael Gould, « pour preuve, nous l’utilisons en interne depuis que nous étions 50 ! ». Après avoir investi surtout les activités commerciales et financières, Anaplan séduit maintenant de nouveaux métiers comme les ressources humaines, la logistique, notamment la supply chain et les transports.

« Ces résultats sont résolument au-delà de mes attentes », reconnaît Michael Gould. Cela va trop vite ? « Non, notre vitesse de développement est bonne. Mais nous devons laisser la poussière retomber comme on dit en anglais ! Pensez que 500 des 650 personnes de la société sont arrivées au cours des deux dernières années… Nous devons renforcer notre senior management. Nous avons recruté des gens qui font puis des gens qui managent ceux qui font. Nous devons maintenant recruter des gens qui ont de l’expérience pour le niveaux n-1 puis ensuite pour le n-2 ». Entre l’ouverture du nouveau bureau à Londres et les postes à pourvoir partout dans le monde, l’effectif devrait rapidement passer à 700 personnes. « Rien qu’à York, nous avons recruté 24 personnes en 10 mois », précise Rick Ansell, senior technical recruiter. « Il ne reste de la place que pour une dizaine de personnes. Autrement dit, nous afficherons complet d’ici à la fin du premier trimestre 2017 », prévient Jenny Hague, en charge des Ressources humaines Ingénierie et Ventes pour l’Europe.

La croissance rapide pose un problème de recrutement. « Le plus dur à gérer dans une start-up d’hyper croissance est le recrutement », reconnaît Laurent Lefouet. « Il faut recruter vite mais bien pour pouvoir accompagner la croissance et la maintenir ». Et si recruter des développeurs n’est pas chose facile à Londres ou à Paris, c’est pire encore pour York ! Car la société souffre d’un déficit de notoriété. « Ce n’est pas facile d’attirer les jeunes ingénieurs, car ils n’ont jamais entendu parler d’Anaplan », regrette Rick Ansell. « Alors nous essayons d’être innovants et nous multiplions les initiatives à destination des universités et des écoles afin d’améliorer notre attractivité ». Depuis le printemps 2016, Anaplan s’affiche sur un gigantesque panneau dans la gare de York pour informer les voyageurs que la société recrute et offre de belles perspectives de carrière. « Cela nous a amené quelques candidats », se félicite Rick Ansell, « mais il faut aussi inciter les gens à venir jusqu’ici. En cela, l’ouverture du bureau de Londres va nous aider, car elle va nous rendre plus visibles ».

Devenir une licorne
S’il est un public auprès duquel Anaplan ne manque pas de notoriété, c’est celui des investisseurs. En 2014, la société a levé 100 millions de dollars au cours de son quatrième tour de table (série D) auprès des sociétés Salesforce et de Workday entre autres. C’est son cinquième tour qui l’a fait entrer dans le club des licornes. En levant 90 millions de dollars début 2016, Anaplan a vu sa valorisation dépasser le milliard de dollars.

Parallèlement, elle a ouvert des bureaux dans de nombreux pays : Malaisie, Russie, Australie, Scandinavie, Japon, Allemagne… Le développement international concerne également les activités de R&D. Présente en France depuis 2012, Anaplan a ouvert un centre de R&D à Paris début 2015. Les compétences françaises intéressent particulièrement Anaplan pour l’analyse prédictive, le machine learning et toutes les applications de l’intelligence artificielle. « Le centre de Paris rassemble des compétences en mathématiques, en concepts abstraits, qui sont très utiles pour des méthodes de simulation comme la méthode de Monte-Carlo par exemple », souligne Jack Whyte. Henri Biestro, responsable de l’ingénierie au centre de Paris, partage cet avis avec enthousiasme : « l’école mathématique française génère de bons cartésiens, des têtes bien faites. Les ingénieurs français ont une bonne connaissance de l’algorithmie. Ils ne sont pas aussi carrés que les Américains, mais ils sont beaucoup plus élégants. Nous faisons des choses bien, efficaces et avec moins de moyens ! ».

L’axe York – Londres – Paris fournit à Anaplan de solides bases en ingénierie, complétées par San Francisco pour le Cloud et les technologies de datacenter. Une combinaison qui s’avère gagnante pour l’instant. Et pour les prochaines années apparemment.

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