Politique climatique: le Brexit aura-t-il des conséquences?

Photo Jan Svoboda / Département de géographie, Université de Bristol, Royaume-Uni / April 5th, 2017

Au cours de ces dernières années, le Royaume-Uni a été l'un des pays les plus actifs de l'Union européenne dans les discussions relatives à la lutte contre le changement climatique. Certaines mesures adoptées avec succès à Londres ont même été présentées devant la Commission européenne en vue d'être reprises par les autres membres de l'UE. Mais le 23 juin 2016, les électeurs britanniques se prononçaient en faveur d'une sortie de l'Union, et le 30 mars le Premier ministre Theresa May a déclenché le processus. Comment cette décision affecte-t-elle la politique climatique au Royaume-Uni? Et en Europe?

Selon de nombreux observateurs, les conséquences du Brexit ne se feront pas sentir avant la fin des négociations qui redéfiniront les relations entre le Royaume-Uni et l’UE et le règlement de cette situation sans précédent – c’est la première fois qu’un pays sort de l’Union – devrait prendre au moins deux ans.

C’est indéniable : la redéfinition des relations entre le Royaume-Uni et l’UE  sera un processus de longue haleine. Et les conséquences réelles du Brexit n’apparaîtront qu’après ces discussions. Mais le résultat du référendum a aussi un certain nombre de conséquences immédiates.

Quitter le système d’échange de quotas d’émission de l’UE?

L’une des premières conséquences s’est fait sentir sur la monnaie britannique. La livre sterling a connu une forte chute depuis l’annonce des résultats du référendum. La Grande-Bretagne subit déjà des répercutions sur le plan économique et ce n’est pas fini. Mais l’UE pourrait aussi en souffrir.

Le système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE-UE) est une pièce maîtresse de la lutte contre le changement climatique et de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais le dispositif n’est pas encore efficace. Il lui faut être plus réactif aux chocs économiques qui peuvent affecter les prix du carbone, lesquels doivent être plus ou moins stables pour que les entreprises puissent fonctionner convenablement. Une trop longue incertitude est un cauchemar pour les investisseurs. Depuis 2009, ces différents chocs ont conduit à une augmentation des quotas des émissions de CO2 dans le SEQE-UE. Le 15 juillet 2015, la Commission européenne présentait un deuxième projet pour réformer le système.

Après le résultat du référendum, le député européen britannique Ian Duncan démissionnait de son poste de rapporteur à la commission des réformes du SEQE. Cela ne devrait pas faciliter la conduite de réformes plus que jamais nécessaires.

Plus problématique, il est encore impossible de savoir si le Royaume-Uni continuera à faire partie du SEQE-UE. Le pays est le deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre en Europe et le marché du carbone ne pourrait être aussi efficace sans sa présence.

Les services publics britanniques sont parmi les plus grands acheteurs de permis du SEQE-UE, lequel facture aux centrales électriques et aux usines chaque tonne de CO2 qu’elles émettent. Un trader du marché du carbone, cité par l’agence Reuters, l’affirme : « Nous sommes aujourd’hui face à la possibilité réelle que la Grande-Bretagne quitte le SEQE, ce qui porterait un coup sévère à l’équilibre de l’offre et de la demande et aux espoirs de réformes du marché après 2020. »

Heureusement, le 15 février 2017, le Parlement européen, reprenant une proposition de la Commission datant de juillet 2015, a approuvé les changements visant à renforcer la réserve de stabilité du SEQE ; cette solution devrait réduire le surplus de crédits carbone disponibles pour les échanges dans le but de soutenir le prix des droits d’émission et améliorer la capacité du système à résister aux chocs.

Les engagements en matière de changement climatique et l’appartenance à l’UE

Certains observateurs estiment que le vote intervenu au Royaume-Uni en juin pourrait remettre en question la politique que le pays menait au sein de l’UE en matière de changement climatique.

Depuis 2008 cependant, le Royaume-Uni a  mis en place le Climate Change Act. Par cette loi, le pays « s’engage à réduire d’ici 2050 ses émissions d’au moins 80% par rapport à leur niveau de 1990 », une mesure qui se rapproche de celle visée par la Commission européenne à même horizon. Le gouvernement britannique a aussi adopté le « 5e Budget carbone » qui vise la réduction d’ici 2030 de ses émissions de 57% par rapport à leur niveau de 1990. C’est un objectif plus ambitieux que celui auquel le Royaume-Uni s’était engagé au sein de l’EU puisqu’il s’agissait alors de réduire d’ici 2030 les émissions de 40%  par rapport à leur niveau de 1990. Le 5e Budget carbone est une étape importante dans le Climate Change Act pour 2050. « Pour remplir nos engagements en matière d’émissions, et, tout aussi important, pour tirer le meilleur parti des opportunités du marché international, il est primordial d’avoir une politique forte et stable en matière de questions énergétiques. Le Plan Carbone doit apporter aux entreprises la confiance nécessaire pour investir dans des technologies à faible émission de carbone et permettre le développement de nouveaux modèles économiques générateurs d’un environnement plus sain », estime John Alker, directeur des politiques du Green Council Building.

Autrement dit, le Royaume-Uni suit sa propre politique pour faire face au changement climatique et elle ne sera pas affectée par le désengagement éventuel du pays au sein de l’UE en la matière. Plus encore, comme l’a déclaré après le référendum Amber Rudd, Secrétaire d’État pour l’énergie et le changement climatique : « L’année dernière, dans notre manifeste, nous nous sommes engagés clairement à agir contre le changement climatique et nous nous y  tiendrons. » Et pourtant, il sera plus difficile pour le R-U de jouer en rôle actif dans ce domaine après le Brexit.

On a aussi estimé que le résultat du référendum ralentirait le processus de ratification de l’Accord de Paris sur le climat mais cette crainte s’est révélée infondée puisque le 5 octobre dernier, le seuil d’entrée en vigueur de l’Accord de Paris a été atteint. Et pour accélérer le processus, la Commission Européenne avait entamé les démarches nécessaires à la ratification par les États membre avant le référendum.

Le 5e Budget carbone sera indiscutablement difficile à tenir. Comme le notait le 3 octobre 2016 Nick Butler dans le Financial Times, il « va obliger le Royaume-Uni à décarboner sa production d’électricité de façon nettement plus importante mais aussi plus rapide. » C’est peut-être pour cette raison que Theresa May a finalement décidé d’avancer sur le projet de la centrale nucléaire de Hinkley Point, si longtemps reporté.

L’enjeu de la sécurité énergétique

La sécurité énergétique était au centre des débats du Brexit sur l’énergie et cette question encadre les politiques relatives au changement climatique comme les engagement sur le plan international.

L’augmentation des importations soulève un certain nombre de questions : aujourd’hui, un peu plus de la moitié des importations britanniques de gaz et une partie des importations de charbon proviennent de Russie. Conscient du problème, les Britanniques essaient d’éviter de mettre la sécurité énergétique du royaume encore plus en danger. L’année dernière, « le Royaume-Uni a découragé les investisseurs russes intéressés par le pétrole et le gaz de la mer du Nord. L’aspect légal du problème n’a jamais été débattu car les projets d’investissement ont été retirés mais un message important a été envoyé à cette occasion », estimait Nick Butler dans l’article cité précédemment.

Le projet de nouvelle centrale nucléaire de Hinkley Point, sur la côte du Somerset, avec pour investisseur majoritaire EDF, coûtera très cher mais il offre une plus grande sécurité en matière d’indépendance énergétique. Il sera intéressant de voir ce qu’il adviendra du projet chinois de Bradwell (Essex), encore incertain.

Nombreux sont ceux qui pensent que le Royaume-Uni devrait considérer de nouveau la possibilité d’exploiter ses réserves de gaz de schiste pour tendre vers une plus grande sécurité énergétique, en particulier après la livraison des premiers barils de gaz de schiste en provenance des États-Unis. Les partisans de la fracturation hydraulique accusent la classe politique anglaise et écossaise d’hypocrisie car le pays compte « sur le gaz de schiste américain pour continuer à faire tourner la raffinerie de Grangemouth, tout en bloquant l’exploration locale de gaz », estiment Mure Dickie et Andrew Ward dans le Financial Times du 27 septembre.

Une chose est sûre : le Brexit a soulevé plus questions relatives à la sécurité énergétique et ces questions devront trouver une réponse. Si on considère, d’une part, l’impact des réserves d’énergie et les coûts de l’investissement industriel, et d’autre part les incertitudes qui pèsent et vont peser sur l’économie pendant les années Brexit et post-Brexit, la politique de la Grande-Bretagne en matière de changement climatique pourrait devenir une simple variable d’ajustement de la politique économique.

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