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Les 10 tendances qui redéfinissent l’infrastructure informatique des entreprises

L’infrastructure informatique est en pleine évolution. Nous avons identifié dix tendances qui ont déjà un impact majeur et entraîneront des ruptures dans les prochaines années.

Monday
8
January 2018
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Les tendances connues accélèrent et se généralisent (1-6). De nouvelles tendances apparaissent (7-10). 1. L’essor de la consommation sous forme de service (as a service), du logiciel au matériel. 2. Le cloud public devient la règle. 3. Une utilisation accrue des offres open source, en amont et en aval de la pile technologique. 5. La cybersécurité demeure une préoccupation majeure. 5. La vogue du matériel en « boîte blanche ». 6. Les applications business de l’Internet of Things sont prêtes à être adoptées. 7. Le déplacement du marché des infrastructures matérielles vers l’Asie. 8. DevOps pour les logiciels et le matériel. Le nouveau modèle d’affaires de DevOps va au-delà du développement d’applications pour englober les opérations et l’infrastructure informatique. 9. Les architectures container-first. La virtualisation en conteneur n’est plus confinées aux environnements de niche, mais les conteneurs sont en passe de dépasser les machines virtuelles et de devenir l’unité principale de déploiement dans le cloud. 10. Intelligence artificielle et piles technologiques optimisées pour l’apprentissage machine. Le McKinsey Global Institute estime que l’activité entrepreneuriale déclenchée par l’intelligence artificielle a attiré entre 26 et 39 milliards de dollars d’investissements en 2016, soit trois fois plus qu’en 2013.

Lorsqu’on pense à l’infrastructure informatique de l’entreprise, on imagine souvent des rangées de processeurs enfermés dans les sous-sols des data centers. Mais c’est en fait un point focal de disruption et d’innovation dans tous les domaines, des serveurs et du stockage aux réseaux et aux logiciels.

Quelles sont les tendances qui donnent lieu à ces disruptions et innovations? Et quelles en sont les implications pour la stratégie technologique des entreprises? Telles sont les questions auxquelles doivent répondre les fournisseurs d’infrastructure informatique et leurs clients lorsqu’ils envisagent leur avenir.

Voici un aperçu de ce qui change et de la façon dont les entreprises peuvent réagir.

Les tendances connues accélèrent et se généralisent

Les tendances suivantes ne seront nouvelles pour personne, mais leur accélération récente et l’ampleur de leur impact pourraient surprendre.

1. L’essor de la consommation sous forme de service (as a service), du logiciel au matériel. Les services achats préfèrent de plus en plus les modèles de tarification fondés sur la consommation, un phénomène qui a commencé avec les logiciels et qui touche maintenant le matériel. Ce passage des dépenses d’investissement aux dépenses opérationnelles permet de réduire les risques, de libérer des capitaux et d’accroître la flexibilité. De 2015 à 2016, les revenus tirés des services d’infrastructure sous forme de service (infrastructure as a service, IaaS) et des plateformes sous forme de service (PaaS) ont augmenté de 53%, ce qui en fait les segments les plus dynamiques des services d’infrastructure et d’informatique en cloud. Considérant qu’une unité de calcul ou de stockage dans le cloud peut revenir jusqu’à 40 à 50 % moins cher qu’une unité sur site, le passage aux modèles « as a service » est très rapide. En plus de passer d’une installation sur site aux services dans le cloud, les fournisseurs de services informatiques et leurs clients expérimentent des paiements par annuités pour le matériel informatique traditionnel.

2. Le cloud public devient la règle. Cela fait des années que des entreprises déplacent leur charge de travail informatique vers le cloud public. Mais un changement radical a commencé dans les grandes entreprises. Capital One, GE, Netflix, Time Inc. et bien d’autres ont considérablement réduit ou même éliminé leurs centres de données privés, déplaçant leurs opérations vers le cloud. En fait, les services de cloud devraient représenter environ 80% de la capacité de serveur et de stockage fournie en 2018.

Amazon est le leader de l’IaaS, avec une part de marché d’environ 40%. Microsoft est au deuxième rang, suivi de Google et IBM. Ensemble, ces acteurs représentent environ 65% du marché IaaS aujourd’hui. Avec le déclin des centres de données sur site, ils pourraient représenter en 2020 près de la moitié de l’ensemble des fournitures d’infrastructures informatiques. Si c’est le cas, seules les entreprises dotées d’importantes capacités d’investissement pourraient leur faire concurrence. Un candidat potentiel serait Alibaba, qui a connu d’une année sur l’autre une croissance à trois chiffres des revenus liés au cloud, tirée en grande partie par l’adoption du cloud en Chine.

3. Une utilisation accrue des offres open source, en amont et en aval de la pile technologique. Environ 65% des entreprises ont augmenté leur utilisation de logiciels libres entre 2015 et 2016, selon l’enquête 2016 Future of Open Source Survey réalisée par Black Duck et North Bridge. Les principaux fournisseurs informatiques s’appuient désormais sur des programmes tels que Apache Spark, Kubernetes et OpenShift. Airbnb, Airbus, eBay, Intel et Qualcomm comptent parmi les nombreuses grandes entreprises qui utilisent TensorFlow, la bibliothèque de code d’apprentissage machine de Google. L’Open Compute Project de Facebook, qui vise à rendre le matériel plus efficace, flexible et évolutif, a contribué à étendre le mouvement de l’open source aux centres de données des entreprises membres, comme AT&T, Deutsche Telekom et Goldman Sachs.

5. La cybersécurité demeure une préoccupation majeure. La cybersécurité continue d’être une priorité absolue pour les dirigeants et les conseils d’administration. Dans tous les secteurs d’activité, les attaques sont de plus en plus nombreuses et complexes, 80% des responsables technologiques déclarant que leur organisation a du mal à mettre en place une défense solide. De nombreuses entreprises ne peuvent pas recruter les spécialistes dont elles ont besoin parce qu’il y a pénurie d’experts en cybersécurité, ce qui les amène à investir dans des services extérieurs. Les offres de sécurité dans le cloud deviennent également plus attractives pour les entreprises, McKinsey estimant que d’ici 2020 elles représenteront 60% des produits de sécurité, contre 10% en 2015.

5. La vogue du matériel en « boîte blanche ». Traditionnellement, les fournisseurs d’infrastructure informatique ont toujours compté sur l’assemblage de systèmes pour leurs offres de serveurs, de stockage et de réseaux. Pour ce faire, ils ont confié la fabrication de matériel informatique à des fournisseurs de concepts d’origine (ODM, Original Design Manufacturers : des sociétés qui conçoivent et fabriquent des produits vendus ensuite sous d’autres marques). Cependant, ce modèle devient obsolète car les clients sont de plus en plus réticents à payer pour le montage. Au lieu de cela, ils s’adressent directement aux ODM, en utilisant des designs de serveurs provenant de sources telles que l’Open Compute Project de Facebook pour personnaliser les configurations de leurs centres de données. Les sociétés membres du projet Open Compute Project qui ont suivi cette voie sont IBM, Fidelity Investments et Verizon. Comme nous le verrons plus loin, bon nombre de ces ODM sont situés en Asie, ce qui entraîne un accroissement des activités de matériel informatique dans cette région. D’ici 2020, IDC estime que les serveurs « auto-construits » constitueront la moitié du marché des serveurs hyperscale.

6. Les applications business de l’Internet of Things sont prêtes à être adoptées. McKinsey estime que les applications B-to-B représenteront près de 70% de la valeur générée par l’Internet des objets (IoT) au cours des dix prochaines années. Selon notre enquête 2017 auprès des dirigeants, 96% des entreprises prévoient d’augmenter leurs dépenses d’IoT au cours des trois prochaines années, et certaines prévoient de consacrer jusqu’à un quart de leurs dépenses informatiques aux capacités liées à l’IoT. Les cas d’utilisation les plus courants sont l’augmentation de la visibilité des opérations, l’optimisation des tâches opérationnelles ou l’aide au développement de nouveaux modèles commerciaux. Cette montée en puissance s’observe même dans les secteurs qui ont traditionnellement tardé à adopter de nouvelles technologies, comme le pétrole et le gaz. La croissance de l’IoT d’entreprise augmentera considérablement la demande d’infrastructures de calcul et de stockage, ce qui augmentera la demande de ressources hyperscale et de solutions PaaS spécifiques à l’IoT.

Le cabinet BI Intelligence prédit que plus de cinq milliards de périphériques IoT, tels que les outils de contrôle des stocks et de surveillance de la sécurité, nécessiteront des solutions de pointe d’ici 2020, car ils devront collecter et traiter les données en temps réel. Ces solutions permettront le traitement de l’information au niveau du périphérique ou de la passerelle, plutôt qu’au sein du cloud ou d’un centre de données, réduisant ainsi les dépendances de latence et de connectivité. McKinsey estime qu’environ 25% de la croissance de 500 milliards de dollars prévue pour l’IoT d’ici 2020 sera directement liée à la technologie de pointe. Le Edge Computing permettra d’améliorer la compression et le transfert des données dans la couche de connectivité de la pile technologique, en réduisant la bande passante du réseau et en rendant possible une gamme plus large d’applications IoT.

Nouvelles tendances à suivre

Outre l’accélération de ces tendances déjà connues, de nouveaux développements vont modifier le paysage de l’infrastructure informatique, tant pour les fournisseurs que pour les clients. Il s’agit notamment de l’essor de l’Asie pour les solutions matériel, de l’utilisation de DevOps pour les logiciels et le matériel, des architectures container-first et de la croissance de l’intelligence artificielle et des piles technologiques optimisées pour l’apprentissage machine.

7. Le déplacement du marché des infrastructures matérielles vers l’Asie. Les fabricants asiatiques d’équipements d’origine (OEM) ont fait des percées sur le marché des infrastructures informatiques qui était dominé jusqu’ici par les fournisseurs américains. Prenons deux exemples sur le marché des serveurs:

. Huawei prévoit de renforcer sa position sur le marché des serveurs en consacrant environ 1 milliard de dollars de son budget annuel de R&D de 9 milliards de dollars à l’équipement des centres de données.

. Lenovo a acquis en 2014 les activités serveurs x86 d’IBM, contribuant ainsi à étendre sa présence dans les grandes entreprises à l’échelle mondiale.

Un autre changement tout aussi important concerne les ODM asiatiques, qui ont également accru leurs parts de marché du matériel à mesure que les systèmes de boîtes blanches gagnent en popularité. Quanta Computer, basé à Taiwan, tire des revenus solides des services de cloud computing provenant des serveurs, du stockage, des commutateurs et des périphériques IoT. Plusieurs ODM asiatiques fabriquent aujourd’hui des serveurs pour certains des plus grands fournisseurs mondiaux de services de cloud, dont Amazon, Facebook et Google, qui investissent tous massivement dans l’expansion de leur infrastructure de centre de données. Comme nous l’avons mentionné précédemment, des initiatives comme le projet Open Compute Project de Facebook accélèrent avec ce changement, car elles permettent aux membres d’obtenir des plans et des conceptions pour les serveurs, le stockage et le réseau. Certains ODM asiatiques proposent également des produits standard basés sur des concepts open-source. Si la tendance actuelle se maintient, les ODM asiatiques pourraient multiplier par deux ou trois leur part du marché du matériel d’ici 2020.

8. DevOps pour les logiciels et le matériel. Les services informatiques doivent proposer de nouvelles fonctionnalités encore plus rapidement. En même temps, les entreprises s’attendent maintenant à ce que ces services soient disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. DevOps - un mouvement visant à l'alignement de l'ensemble des équipes du système d'information sur un objectif commun – peut contribuer à atteindre ces deux objectifs en favorisant un degré élevé de collaboration tout au long de la chaîne de valeur informatique.

Le nouveau modèle d’affaires de DevOps va au-delà du développement d’applications pour englober les opérations et l’infrastructure informatique. Au sein de DevOps, les trois groupes n’en font qu’un. De nombreuses organisations comprennent les avantages de ce modèle et s’orientent dans cette direction. Dans l’enquête IT-as-a-Service 2017 de McKinsey, 80% des répondants ont déclaré qu’ils avaient mis en œuvre des pratiques DevOps dans une partie de leur organisation. De plus, 53% ont déclaré qu’ils appliqueraient ces pratiques dans l’ensemble de leur organisation d’ici 2020, contre 37% aujourd’hui.

Conformément à ces tendances, la demande de spécialistes DevOps augmentera au cours des prochaines années. Les entreprises peuvent avoir de la difficulté à trouver du personnel pour remplir tous les rôles, puisque 40% des dirigeants interrogés ont déclaré que le manque de compétences internes et externes était le principal facteur qui empêchait DevOps de devenir la règle.

9. Les architectures container-first. (Les conteneurs sont des machines virtuelles, collaborant directement au sein du noyau de la machine hôte sans passer par une couche logicielle supplémentaire. Ndlr). La virtualisation en conteneur n’est plus confinées aux environnements de niche, mais les conteneurs sont en passe de dépasser les machines virtuelles et de devenir l’unité principale de déploiement dans le cloud. Le rapport 2016 d’Atlassian, Software development trends and benchmarks, révèle que 34% des professionnels du logiciel ont adopté la conteneurisation.

Ce qui est le plus remarquable dans la conteneurisation, c’est la rapidité de sa croissance. Dans le rapport 2016 de RightScale sur l’état du cloud, seuls 18 % des répondants déclaraient avoir déployé des conteneurs dans des environnements de production. En revanche, dans le sondage de 2017, les répondants ont déclaré que Docker était leur outil DevOps le plus fréquemment utilisé. La croissance de la conteneurisation s’est accompagnée d’une prolifération de l’architecture des micro-services – le développement d’applications logicielles dans de petites unités indépendantes. Au fur et à mesure que les développeurs perfectionnent les micro-services, ils s’attaquent également aux défis qui ont empêché la conteneurisation de prendre de l’expansion, notamment une sécurité inadéquate, des problèmes de gestion ou d’orchestration.

Parallèlement à ces tendances, on voit émerger la prochaine étape logique de l’atomisation des applications. Elle implique l’abstraction des ressources de calcul, dans lesquelles les fonctions deviennent une unité de déploiement, ou les fonctions sous formes de services. Cela éliminera la nécessité de fournir une infrastructure ou de gérer les ressources informatiques pour ces fonctions.

10. Intelligence artificielle et piles technologiques optimisées pour l’apprentissage machine. Après de nombreuses années de progrès, l’intelligence artificielle (AI) commence à procurer de réels avantages aux entreprises de tous les secteurs. Pensez, par exemple, à la façon dont elle aide les services publics à prévoir la demande d’électricité ou à la façon dont elle permet aux constructeurs automobiles de créer des voitures autonomes. Divers développements encouragent cette nouvelle vague d’IA, notamment une puissance de calcul accrue et la disponibilité d’algorithmes et de modèles plus sophistiqués. Le plus important, peut-être, est que le volume de données est en train d’exploser, les périphériques réseau recueillant chaque jour des milliards de gigaoctets.

Le McKinsey Global Institute estime que l’activité entrepreneuriale déclenchée par l’intelligence artificielle a attiré entre 26 et 39 milliards de dollars d’investissements en 2016, soit trois fois plus qu’en 2013. La plupart des investissements en la matière proviennent des géants du numérique, comme Amazon, Baidu et Google, qui explorent des innovations dans les semi-conducteurs, les logiciels d’infrastructure et les systèmes. Certaines entreprises construisent de nouveaux paradigmes informatiques qui intègrent des unités de traitement Tensor de Google, des unités de traitement graphique de Nvidia et des tableaux de portails programmables sur le terrain de Xilinx. Les grands fournisseurs d’hyperscale offrent également aux entreprises des capacités d’intelligence artificielle et d’apprentissage machine à travers le cloud.

Au fur et à mesure que les entreprises accédreont aux technologies de pointe en matière d’intelligence artificielle et d’apprentissage machine, l’automatisation augmentera. Selon MGI, environ la moitié de toutes les activités que les travailleurs sont payés pour exercer dans le monde pourraient être automatisées, ce qui représente près de 15 billions de dollars en salaires.

L’ampleur des perturbations dans le paysage des infrastructures technologiques est sans précédent, créant d’énormes opportunités et risques pour les acteurs de l’industrie et leurs clients. Les dirigeants des entreprises d’infrastructure technologique doivent stimuler la croissance en transformant leur portefeuille et en repensant leurs stratégies de mise sur le marché. Ils devraient également développer les capacités fondamentales nécessaires au succès à long terme, notamment celles liées à la transformation numérique, à l’analyse et au développement agile. Toutes ces mesures ambitieuses nécessiteront davantage de capitaux et de capacité, mais les clients du nouveau paysage de l’infrastructure informatique récompenseront leurs efforts.

A propos des auteurs

Arul Elumalai et Sid Tandon sont associate partners au bureau de McKinsey dans la Silicon Valley; Kara Sprague est une ancienne élève du bureau de San Francisco, où Lareina Yee est associée principale. Cet article est paru à l'origine dans le McKinsey Quarterly. Traduit et republié sur autorisation. Copyright McKinsey and Company. Tous droits réservés.