PARIS SCIENCES & LETTRES (PSL)
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PSL et la Paris Innovation Review: derrière le partenariat, une vision stratégique

La rencontre entre PSL et ParisTech Review, qui a donné naissance à la Paris Innovation Review, traduit une vision partagée : pour les économies développées, comme pour les institutions à vocation mondiale, l’innovation est la clé de la puissance. Elle ne se décrète pas. Mais on peut activer des dynamiques d’innovation, en valorisant les échanges entre disciplines, entre établissements, entre cultures, entre acteurs publics et privés, entre chercheurs et entrepreneurs. Une institution comme PSL est un activateur d’échanges. C’est aussi la vocation de la Paris Innovation Review.

Wednesday
15
February 2017
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Sous les craquements du monde édifié en 1945, qui se disloque aujourd’hui sous nos yeux, on peut percevoir un bruit de fond, qui affecte à la fois le jeu des nations et la vie des entreprises. Le monde change, les positions les plus solides se révèlent instables, la force et la faiblesse cessent d’être des qualités pour devenir des états passagers.

Ce monde en mouvement est traversé de tensions et agité de crises. Il peut angoisser. Mais il est aussi source d’émerveillement : des milliards d’hommes et de femmes sortent de la pauvreté, des prouesses technologiques sont réalisées et chacun d’entre nous est connecté au reste de la planète. Des réponses convaincantes, certes encore fragiles, sont données à des enjeux planétaires.

Il serait absurde de s’abandonner au pessimisme : notre époque est riche de promesses. Mais il est devenu impossible de se laisser bercer par la croyance au progrès, car si ses bénéfices sont aujourd’hui mieux distribués, ils portent aussi leur lot de problèmes et de questions irrésolues, des atteintes à l’environnement à la montée des inégalités, en passant par une compétition généralisée, encore activée par la numérisation du monde.

Les tentations isolationnistes qui se manifestent ici ou là ne sont que des réponses dérisoires, des perturbations passagères dans le grand mouvement d’intégration qui emporte le monde. Intégration technique, qui connecte une planète innervée par les réseaux et unifiée par les normes. Intégration commerciale, avec l’internationalisation des chaînes de valeur et la multiplication du nombre d’entreprises opérant à l’échelle mondiale. Intégration, complexe et agitée, des modes de vie et des repères culturels. Intégration politique, aussi, pour le meilleur – la COP21 – et pour le pire, avec la globalisation des conflits asymétriques ou les guerres secrètes de l’information.

Mais dans les soubresauts des crises financières, des conflits géopolitiques et des crises migratoires, le monde s’intègre, inexorablement. Les crises financières, les migrations et les conflits sont même le signe le plus tangible de cette intégration, qui ne va pas sans douleur.

Nous vivons un moment historique. Une époque passionnante, dans laquelle tous – individus, entreprises, institutions, États – sont sur le qui-vive.

PSL et ParisTech Review, toutes deux créées en 2010, sont filles de cette époque, qui leur confère deux de ses caractéristiques majeures : une visée mondiale, d’entrée de jeu ; et une sensibilité particulière à l’innovation, qui est au cœur de leur identité.

Leur rencontre n’était pas écrite, mais elle a un sens, et nous l’avons perçu dès nos premiers échanges. Ce sens, il n’est pas inutile aujourd’hui de le préciser, pour les lecteurs de la revue, mais aussi pour nos partenaires présents et futurs.

Comprendre l’innovation

Revenons à cette idée d’une concurrence généralisée, qui demande à être précisée. La compétition mondiale touche désormais tous les secteurs – et tous les acteurs, de la moindre startup aux plus anciennes institutions.

Dans cette mise en mouvement généralisée, l’innovation apparaît comme la nouvelle clé de la puissance. Une puissance qui se définit de plus en plus par la vitesse, et non plus seulement par la masse. Le futur appartient à ceux qui sauront aller vite. À ceux qui auront su prendre un coup d’avance, repérer des marchés en formation, des domaines émergents. Cela vaut aussi bien pour les entreprises grandes et petites que pour les universités, appelées à prendre position sur des savoirs nouveaux, à saisir les possibilités offertes par de nouvelles technologies.

Cela vaut aussi pour les économies nationales, comme l’ont montré les travaux de Philippe Aghion, aujourd’hui professeur au Collège de France : la croissance des pays développés, qui a longtemps reposé sur l’imitation technologique, est désormais tirée par l’innovation, et les grands émergents entrent à leur tour dans la danse. Philippe Aghion en tire deux conséquences. Dans une économie ouverte et tournée vers l’innovation, de nouvelles entreprises et de nouveaux emplois sont créés en permanence, d’autres sont détruits. En d’autres termes, nous vivons désormais dans le monde de Schumpeter. Deuxième conséquence, il est de plus en plus crucial pour une organisation et a fortiori pour un État de se maintenir le plus près possible de la frontière technologique. La recherche, le développement du savoir sont plus que jamais stratégiques.

Dans le même temps, l’innovation ne se décrète pas. Institutions, États et entreprises sont en revanche appelés à la stimuler, à lui offrir les meilleures conditions : c’est là le cœur de la compétition mondiale.

Impulser ces dynamiques d’innovation exige bien autre chose que des budgets ou une volonté politique. Cela suppose de les comprendre. C’est-à-dire de s’y immerger.

Un premier effort consiste à repérer un nouveau régime de circulation du savoir, qui ne vient pas remplacer l’ancien mais au contraire le vivifier.

L’ancien modèle, c’est une diffusion verticale des connaissances : top down, dirait-on aujourd’hui, ou ex cathedra. Dans le nouveau modèle, le savoir circule, et s’enrichit dans cette circulation. On n’est plus dans une simple diffusion, mais dans un dialogue créatif, des rétroactions en boucle impliquant une grande variété d’acteurs.

Pour que cette circulation ait lieu, il faut mobiliser une pluralité des points de vue, d’expériences, d’expertises. La recherche académique et les expérimentations menées dans l’économie réelle doivent se nourrir les unes des autres. Au sein du monde académique, le dialogue interdisciplinaire prend désormais une importance essentielle. L’idée d’université prend ici toute sa force.

C’est une nouvelle définition de l’excellence qui s’engage ici. Une excellence envisagée non pas comme une quantité (mesurable en nombre de prix Nobel ou de dirigeants du Fortune 500 issus de l’institution), mais comme une dynamique ; non pas comme la position ex cathedra d’un savoir assuré, mais comme une appétence pour le nouveau, une immersion résolue dans un monde de flux et d’échanges ; non pas comme un héritage mais comme un avenir.

Écosystèmes

C’est dans ce contexte que le terme si galvaudé d’écosystème prend tout son sens. Car ce jeu nouveau ne se joue pas dans in abstracto : il lui faut des lieux. Campus, réseaux sociaux, machine à café, Silicon Valley : ce sont des lieux ! C’est le sens de PSL qui est le visage académique d’un lieu de rencontre et de circulation d’idées d’une extraordinaire richesse : Paris, et qui a noué des partenariats internationaux avec Cambridge, Columbia, NYU, Berkeley, l’EPFL, le Technion, Shanghai Jiao Tong, Tsinghua, Beida, des institutions prestigieuses qui dessinent ensemble, entre coopération et compétition, un espace d’innovation global.

La Paris Innovation Review est elle aussi un lieu virtuel de confrontation et de dialogue entre les savoirs, entre les mondes : depuis sa naissance, elle a toujours veillé à donner la parole aussi bien à des scientifiques qu’à des décideurs économiques ou à de jeunes créateurs d’entreprise. C’est sa marque de fabrique, le cœur de son identité éditoriale.

Les lieux de l’innovation sont des lieux vivants. Un écosystème ne s’assemble pas comme une machine. Il ne se décrète pas. Mais il peut trouver des ressources dans la richesse de son environnement – sa biodiversité, pourrait-on dire. Sa pérennité, sa vitalité dépendent de la diversité de ses composantes. PSL, institution en émergence, est à sa manière un écosystème : elle réunit beaucoup de structures, de compétences, d’approches différentes, qui ont vocation à rester vivantes et à cultiver leur originalité en s’intégrant.

Bien sûr, l’écosystème d’innovation de la « place de Paris » ne se réduit pas à sa composante académique, ni aux startups issues des labos. Il comprend de grandes entreprises, des institutions et des think tanks. Mais aussi une culture, un vivier créatif, une sociabilité marquée par la conversation et l’ouverture sur le monde. Une institution comme PSL peut jouer un rôle majeur pour nourrir cet écosystème, pour favoriser sa vitalité, pour activer les échanges.

La Paris Innovation Review est un des éléments, et non des moindres, qui lui permet de jouer ce rôle. Elle permet aussi de favoriser les échanges avec le reste du monde. Paris fut par excellence la ville des salons. Une revue peut se définir comme une conversation, comme un salon du XXIe siècle : on y parle anglais, chinois, ou français, le jeu des éditions étrangères permet aux experts de se croiser, aux pensées de se vivifier mutuellement. Des forums internationaux de haut niveau, il y en a beaucoup aujourd’hui, de Davos aux colloques universitaires en passant par Jackson Hole. Mais on s’y réunit entre pairs. Croiser dans une même revue un prix Nobel de médecine comme Françoise Barré-Sinoussi, un grand patron indien comme Narayana Murthy et un startuper de New-York comme Elliot Cohen, c’est une autre idée de la mondialisation.

*

PSL et la Paris Innovation Review cultivent fièrement une ambition mondiale. Il ne s’agit pas seulement de porter les couleurs de Paris, de jouer notre partition dans la course à l’innovation et de rappeler au monde – en anglais, en français, en chinois, bientôt en portugais – qu’il se passe ici des choses passionnantes. Il s’agit de faire vivre l’idée d’une ville au carrefour des idées, une ville ouverte à l’excellence, accueillante à la diversité des opinions, curieuse de ce qui se fait ailleurs.

Thierry Coulhon
Ancien président de Paris Sciences & Lettres (PSL)
Francis Mer
Ancien ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie