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Les UV, une alternative aux fongicides?

L’agriculture intensive a son revers : dès qu’un pathogène s’installe il a des conditions très propices pour se développer, car la culture qu’il vise est très concentrée. D’où le recours massif aux produits phytosanitaires qui permettent de protéger les cultures. Peut-on s’en passer ? Une méthode innovante permet de réduire sensiblement leur utilisation. Son approche ? La prévention. Sa technique ? Des UV.

Monday
5
February 2018
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Paris Innovation Review – Pouvez-vous nous décrire en quelques mots votre technologie?

Yves Matton – Le principe est simple : il s’agit de s’appuyer sur un phénomène naturel, le processus de défense des plantes, et d’utiliser les UV pour activer ce phénomène. Les UV sont un bon moyen pour appliquer un stress, suffisamment faible pour ne pas avoir d’effet négatif, mais suffisamment fort pour être perçu par la plante et susciter une réponse. On peut comparer cette méthode à la vaccination. Il s’agit d’une stimulation des défenses naturelles, qui permettra à la plante d’être plus résistante à un pathogène.

Quel type de pathogène?

Théoriquement tous, mais nous nous concentrons pour le moment sur les champignons, qui font de gros dégâts sur différents types de culture et notamment la vigne, tout spécialement quand ces plantes sont cultivées dans des milieux plus humides que leur biotope d’origine.

Cette humidité favorise les champignons. On connaît ce problème depuis des siècles, et on l’a traité avec plus ou moins de bonheur. Notre méthode représente une disruption par rapport aux deux grands traitements proposés jusqu’ici, les fongicides et les modifications génétiques. Dans le cas de la vigne, il s’agit surtout des fongicides, dont les vignerons peuvent difficilement se passer et qui peuvent altérer la qualité de la production.

L’application d’UV peut-elle se substituer aux fongicides?

Non, mais elle permet de réduire sensiblement les doses. Surtout, c’est une méthode préventive. Les plantes traitées aux UV sont en état de veille active ; elles sont moins sensibles aux agressions, et on peut donc réduire la dose de produits phytosanitaires nécessaires à la protection des cultures.

C’est une alternative partielle aux autres méthodes existantes. Mais dans des conditions de très forte pression on est de toute façon obligé de traiter. Les OGM, c’est une autre approche ; là l’idée est de remplacer une partie de ces traitements.

L’enjeu des UV est d’assurer aux producteurs des rendements similaires, mais en garantissant une meilleure qualité car l’usage des produits phytosanitaires peut être considérablement réduit.

Cela peut aussi s’inscrire dans des démarches d’agriculture biologique.

Oui, et à cet égard notre offre répond clairement à une demande. Qui ne se limite d’ailleurs pas à la vigne et au vin, mais concerne tous les types de culture, notamment les cultures maraîchères : les légumes bio sont un segment en forte croissance, loin de la niche qu’ils représentaient il y a seulement quelques années.

Mais au-delà du bio il y a aussi des enjeux de santé publique autour des lieux de production. La réduction des produits phytosanitaires est un objectif public, et une demande des agriculteurs, pour leur propre santé et celle des riverains.

Il y a enfin un souci croissant de l’impact sur le milieu. Les produits chimiques altèrent les sols et peuvent contribuer à les dégrader, ils finissent aussi dans les nappes phréatiques… Bref, des méthodes alternatives – fussent-elles partielles – vont dans le sens de l’histoire.

Pour les agriculteurs, l’argument économique peut être déterminant.

Oui, et on ne parle pas simplement ici des coûts directs (celui du dispositif, celui des intrants chimiques qu’il permet d’économiser), mais aussi de la quantité de travail, de l’apprentissage éventuellement nécessaire.

Cela conditionne notre travail de recherche et développement : nous essayons de nous servir d’une certaine gamme de longueur d’onde, qui permet à la fois d’appliquer ce stress de manière naturelle (proche de la lumière du soleil) et de l’appliquer assez vite – dit autrement, à la vitesse du tracteur sur lequel le dispositif est fixé.

La facilité d’utilisation, la bonne articulation avec les technologies existantes, sont des points essentiels, qui conditionneront l’adoption de notre produit. Il est essentiel que ce soit facile à mettre en œuvre, ne représente pas plus de travail. Nous cherchons à développer non pas seulement une technologie, mais une solution ; une solution économiquement et techniquement assez intéressante pour que tout producteur soit potentiellement intéressé.

Une différence avec les produits phytosanitaires, c’est que ce sont des consommables, alors que votre dispositif est un investissement.

Pour les utilisateurs, le calcul de coût est différent. Il est probable que dans un premier temps les petites exploitations ne pourront pas l’acheter en propre, mais c’est un produit qui peut être partagé.

Gros ou petits exploitants, tous feront à peu près le même calcul : ils savent exactement ce que leur coûtent les produits phytosanitaires. D’où l’importance pour nous de faire la preuve d’une efficacité, de mesurer précisément la valeur ajoutée de ce que nous offrons, afin de permettre ce calcul. Cela prend du temps ! Car travailler sur la vigne, dont le cycle est annuel, est moins facile que de développer une technologie adaptée aux cultures maraîchères sous serre : notre phase de tests et la réalisation de la proof of concept est forcément plus lente.

Nous avons aujourd’hui des prototypes, et nous cherchons à faire la preuve d’efficacité dans différentes conditions. L’objectif est de finaliser une première campagne d’essais représentatifs à la fin de l’année 2018.

Yves Matton
Cofondateur, UV Boosting